Saviez-vous que plus de 80% de la population de notre planète ne voit plus les étoiles (ou du moins n’en voit que très peu) et ne connaît plus la nuit noire ? Certaines villes comme Hong Kong font mêmes parties des lieux les plus pollués en terme de luminosité. L’éclairage est totalement surdimensionné par rapport à leurs besoins à tel point que le halo lumineux se voit à des dizaines voire à des centaines de kilomètres. Les pays en voie de développement sont actuellement en cours d’installation de nombreux équipements d’éclairages.

Dans nos villes françaises la majorité des routes et rues sont totalement éclairées la nuit. Combien de magasins ont leurs vitrines allumées alors que l’enseigne est fermée au public, et surtout pour quel intérêt? Ce phénomène porte un nom: la pollution lumineuse.

L’augmentation de la lumière artificielle à l’échelle de notre planète s’élève à environ 2% par année, ce qui représente une évolution en hausse significative. Nous éclairons trop nos villes et maisons pour des motifs de sécurité souvent très discutables…

L’astrophotographie et la pollution lumineuse

En photographie la pollution lumineuse est là aussi un véritable fléau. Comme beaucoup de passionnés d’astrophotographie j’aime bien profiter des nuits du printemps et de l’été pour m’éloigner des villes et réaliser quelques images de la Voie lactée. C’est de plus en plus compliqué de trouver des lieux préservés pour l’observation des étoiles. Jusque là en Lorraine l’observation en ville est quasi impossible. Sur Nancy et son agglomération, il est possible de compter les étoiles visibles presque sur les doigts des deux mains. Imaginez donc sur Paris !

Ma destination préférée sans trop m’éloigner reste la Meuse. Ce secteur propose / proposait des conditions plus optimales pour la pratique de l’astrophotographie. L’avantage en milieu rural est la plus grande “pauvreté” des communes qui par mesures d’économie coupent leurs éclairages urbains. La photographie devient alors beaucoup plus simple sans avoir à l’horizon une masse orangée qui complique toute prise de vue. Et surtout on profite d’un ciel largement plus étoilé.

Mais… oui il fallait bien un mais, cette situation évolue défavorablement avec les années. L’arrivée des éclairages leds plus puissants et surtouts moins énergivores incitent les particuliers, entreprises et communes à changer leurs vieilles ampoules. Sous prétexte d’économie la lumière reste plus facilement allumée. Mais aussi en second facteur défavorable l’arrivée des éoliennes…

Carte de pollution lumineuse en Lorraine (Nancy, Metz, Epinal...) et Alsace © AVEX Asso
Carte de pollution lumineuse en Lorraine (Nancy, Metz, Epinal...) et Alsace © AVEX Asso

Quel rapport ? En quoi une éolienne génèrerait de la lumière alors qu’elle est censée produire de l’électricité ? Tout simplement sa balise rouge clignotante située à son sommet permettant aux avions de la repérer ! Une vraie catastrophe visuelle la nuit, à la vue de ces gigantesques champs qui continuent de s’étendre d’année en année.

Cellule orageuse en Champagne | Paysage de nuit © Pierre ROLIN - Photographe Nancy - Lorraine / Grand Est
Cellule orageuse en Champagne | Paysage de nuit © Pierre ROLIN - Photographe Nancy - Lorraine / Grand Est

Sur cette photo prise en Champagne, lors d’une chasse aux orages, on distingue sans problème la balise située au sommet du mat de l’éolienne. Lors du traitement informatique de cette image j’ai adouci un peu la puissance lumineuse.

Sur ce cliché une seule éolienne est présente, et cela ne pose pas de problème, mais imaginez l’impact lumineux d’un champ complet clignotant. D’autant plus en pleine nuit quand vous cherchez la pénombre!

Et je ne suis pas le seul à le penser, cet article présente ce phénomène en détail.

Identifier les zones sombres

Des cartes de pollution lumineuse existent permettant aux photographes de repérer plus facilement les zones d’observation. Ces zones “noires” deviennent malheureusement de plus en plus rares. En s’éloignant des villes on profite plus logiquement de ciels sombre. Encore faut-il faire des kilomètres pour aller en profiter. Et parfois il faut même choisir sa destination de vacances pour y réaliser de l’astrophotographie.

Sur ces cartes on observe rapidement le désastre dans certaines régions. Bien entendu l’Ile de France, la vallée du Rhône mais aussi le Nord et toute la partie Bénélux sont fortement illuminés. Peu surprenant pour cette dernière partie, l’industrie est fortement présente et ces pays ont la fâcheuse tendance à éclairer tout le réseau routier (même en rase campagne).

L’association AVEX propose une cartographie qui est certainement l’une des plus justes et que j’utilise très souvent. Basée sur un algorithme de calcul lié à l’urbanisation et à l’occupation des sols, ils considèrent que plus un sol est artificialisé et plus il sera lumineux. Vrai et faux à la fois, elle est à pondérer sur le terrain.

Des pistes d’aérodromes ou bases militaires abandonnées ressortent comme lumineuses à tort. À l’instar des sites éclairés non urbanisés sont de vrais phares en pleine nuit. Je m’étais d’ailleurs fait avoir avec le site d’enfouissement de Bure en Meuse.

Une ancienne piste d'aviation aujourd'hui non exploitée dans les Vosges (Lorraine) © AVEX Asso
Une ancienne piste d'aviation aujourd'hui non exploitée dans les Vosges (Lorraine) © AVEX Asso

Pourquoi réduire la pollution lumineuse ?

Bien entendu l’astrophotographie ne passionne pas tout le monde ou la photographie en générale. On n’a pas forcément envie d’aller observer les étoiles la nuit. Mettre le nez dans un télescope ou observer la Voie lactée n’est pas l’activité favorite des français sinon ça se saurait. Peut-être justement car il est compliqué de voir les étoiles ? Vous me direz donc: on s’en fou !

Mais saviez-vous aussi que notre corps est conçu pour avoir des phases de jours et de nuits ? Et saviez-vous aussi que les insectes et animaux ont eux aussi besoin d’une nuit globalement noire pour (sur)vivre ? Pour les humains, que ça soit des troubles du sommeil, des risques de cancers, l’impact de la lumière sur nos vies n’est pas encore totalement maîtrisé, et encore moins celui des éclairages led que nos gouvernements nous vendent comme “écologiques”, comme semble le montrer certaines études. Moins polluant et moins énergivores certes, mais qu’on laisse plus facilement allumé et qui se révèleraient dangereux pour les yeux, et dont l’impact environnemental n’est pas non plus positif (exploitation de terrains et de métaux précieux).

Pour les animaux c’est tout simplement leur vie qui serait en danger avec la multiplication de la lumière nocturne, souvent sous prétexte de sécurité de nos maisons ou des gens. Il est d’ailleurs prouvé que le lien entre baisse de la délinquance et éclairage est faux.

Grenoble de la Bastille | Paysage de nuit © Pierre ROLIN - Photographe Nancy - Lorraine / Grand Est
Grenoble de la Bastille | Paysage de nuit © Pierre ROLIN - Photographe Nancy - Lorraine / Grand Est

Sur cette vue de Grenoble, prise depuis les hauteurs, vous voyez facilement l’impact lumineux de la ville qui se reflète même dans les nuages.

C’est certes très joli quand on réalise des prises de vues urbaines, mais l’impact de ces lumières s’observe de très loin.

Vers une évolution positive ?

Un label a été créé pour récompenser les communes qui réduisent leur éclairage public et donc la pollution lumineuse. Dans le Grand Est, des villes alsaciennes ont pris cette direction. En Lorraine, à ce jour il s’agit majoritairement de communes rurales (Prény, Mannonville, Bayon, Manhoué…). Bien qu’il ne soit en rien incitatif, cette cause semble commencer à avoir une résonance. 

Cette cause m’est forcément très personnelle, et c’est donc une vision assez égoïste, mais c’est très probablement un problème de société que nous aurons dans le futur, d’autant plus quand on voit les projets d’éclairages imaginés par la Chine.

Et vous qu’en pensez-vous ? Donnez moi votre avis dans les commentaires !